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La pair-aidance n’est pas une version low-cost du soin

La pair-aidance prend une place croissante dans les secteurs de la santé mentale, du handicap et de l’accompagnement social. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Mais cette reconnaissance s’accompagne parfois d’un malentendu : puisqu’un pair-aidant s’appuie sur son expérience vécue, son intervention serait plus simple, moins technique, voire moins coûteuse que celle d’un professionnel du soin ou de l’accompagnement.

Cette vision pose problème.

La pair-aidance n’est pas une manière de faire « presque la même chose » qu’un soignant avec moins de moyens. Elle repose sur une autre forme de savoir, une autre position et une autre relation.

Une expérience vécue ne devient pas automatiquement une compétence

Avoir vécu une maladie, un handicap ou une période de grande vulnérabilité ne suffit pas, en soi, à devenir pair-aidant.

La pair-aidance suppose un travail de transformation de l’expérience personnelle.

Il ne s’agit plus seulement de raconter ce que l’on a vécu, mais de pouvoir prendre du recul, identifier ce qui peut être utile à l’autre, écouter sans projeter sa propre trajectoire et mobiliser son expérience avec discernement.

Autrement dit, le savoir expérientiel n’est pas simplement une histoire personnelle.

Il peut devenir une véritable ressource professionnelle ou relationnelle lorsqu’il est réfléchi, élaboré et mis au service d’une autre personne.

Le pair-aidant n’est pas un soignant moins cher

Un pair-aidant ne remplace ni un psychiatre, ni un psychologue, ni un infirmier, ni un éducateur.

Et il n’a aucune raison de chercher à le faire.

Sa valeur vient précisément de sa différence.

Le professionnel peut apporter des connaissances cliniques, techniques ou institutionnelles. Le pair-aidant apporte notamment la connaissance intime de certaines expériences : recevoir un diagnostic, vivre avec des symptômes, traverser une hospitalisation, reconstruire une vie sociale ou professionnelle, retrouver de l’espoir après une période difficile.

Ces savoirs ne sont pas interchangeables.

Ils peuvent en revanche se rencontrer.

C’est là que la pair-aidance devient particulièrement intéressante : non pas lorsqu’elle reproduit le travail des professionnels, mais lorsqu’elle introduit dans l’accompagnement un point de vue qui n’y était pas auparavant.

Le risque du « pair-aidant à tout faire »

La reconnaissance actuelle de la pair-aidance comporte néanmoins un paradoxe.

Plus elle se développe, plus existe le risque qu’on lui demande de répondre à des besoins très différents : accompagner, rassurer, animer des groupes, faire de la médiation, représenter les usagers, participer à des projets institutionnels, intervenir en formation, parfois même compenser le manque de disponibilité d’autres professionnels.

À force de vouloir démontrer son utilité, la pair-aidance peut alors perdre ce qui fait sa spécificité.

Elle devient une fonction floue, à laquelle chacun attribue les tâches qui restent disponibles.

Et lorsque cette fonction est moins rémunérée ou plus précaire que celles des autres membres d’une équipe, une question devient inévitable : valorise-t-on réellement le savoir expérientiel, ou utilise-t-on simplement une ressource moins coûteuse ?

Reconnaître un savoir implique aussi de reconnaître sa valeur

On ne peut pas, d’un côté, affirmer que l’expérience vécue constitue un savoir précieux et, de l’autre, considérer que celui qui le mobilise peut intervenir gratuitement ou presque indéfiniment.

La rémunération n’est évidemment pas le seul indicateur de reconnaissance.

La place accordée dans les décisions, la possibilité de participer à la réflexion collective, la définition claire du rôle ou encore l’accès à la formation comptent tout autant.

Mais la question économique ne peut pas être évacuée.

Un savoir présenté comme indispensable tout en restant systématiquement moins reconnu que les autres finit par devenir un savoir symboliquement valorisé mais institutionnellement secondaire.

Croiser les savoirs plutôt que les hiérarchiser

La question n’est donc probablement pas de déterminer qui, du professionnel ou du pair-aidant, « sait le mieux ».

Ils ne savent tout simplement pas les mêmes choses.

Un système d’accompagnement devient plus riche lorsqu’il permet à différents savoirs de dialoguer : savoir scientifique, savoir clinique, savoir professionnel et savoir expérientiel.

La pair-aidance prend alors tout son sens.

Non comme une solution économique destinée à remplacer certains professionnels.

Non comme un simple témoignage ajouté à une équipe.

Mais comme une expertise située, capable d’interroger les pratiques, de créer d’autres formes de relation et parfois de rendre visibles des réalités que l’institution ne percevait plus.

La pair-aidance n’est donc pas une version low-cost du soin.

Elle est autre chose.

Et c’est précisément pour cela qu’elle peut avoir de la valeur.

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